Notice descriptive

CNRS IHTP ARC 3023 1 à 3023 15 — Papiers Michel Trebitsch

Date : 1968-1996
Présentation du contenu :

Les archives de Michel Trebitsch sont composées de deux ensembles distincts. D’une part, ses archives personnelles de militant communiste des années 1968 à 1987 et, d’autre part, ses archives d’historien, couvrant la période 1983 – 1996.

I - Le militant communiste :

La première partie du fonds représente 9 cartons, elle concerne les archives personnelles de militance communiste de Michel Trebitsch sur une vingtaine d’année, 1968 – 1988. La richesse du fonds tient, d’une part, à une imposante documentation, sélectionnée avec précision et remarquablement conservée (journaux et brochures, dossiers de presse, appels et tracts - plus de 200), qui reflète au plus près son itinéraire de militant communiste passant de la conviction à la dissidence et finalement au décrochement. Et, d’autre part, à ses nombreux écrits : cahiers de réunions (comme : ceux tenus lors des assemblées générales à la Sorbonne en 1968 et 1969, pouvant s’apparenter pour l’un d’entre eux à un véritable « Journal », ou bien lors des réunions de cellule à la Celle-Saint-Cloud, Yvelines, de 1972 à 1975), mais aussi notes et réflexions personnelles, articles annotés, sans oublier les correspondances qui, pour certaines d’entre elles, marquent les périodes de rupture (ainsi, sa lettre démission de la cellule de la Celle-Saint-Cloud en 1975, et celle de son non-réabonnement à Rencontres Communistes Hebdo en 1987). La présence de nombreux documents manuscrits confère à cet ensemble valeur de témoignage. Le premier ensemble (cartons I à III) concerne la période du Mouvement de mai 1968 (1968-1970) et ses prolongements directs jusqu’aux années 1973/1975. Etudiant en licence d’histoire à la Sorbonne en 1968, jeune militant communiste membre de l’UEC, Michel Trebitsch est naturellement au centre de ce « bouillonnement », témoin engagé de premier ordre : élu au Conseil du département d’histoire en 1968 et au Conseil transitoire de gestion, puis élu au Conseil d’UER d’histoire en 1969 où il y occupera la fonction de directeur-adjoint. Ses dossiers, composés de notes personnelles et cahiers, de la quasi intégralité des comptes rendus de réunions des Conseils et des diverses Commissions, d’appels, motions et de tracts … suivent au plus près, la contestation estudiantine à la réforme Fouchet et à loi Faure ainsi que la transformation des structures de l’université qui s’en suit, tout en rendant compte de l’atmosphère ambiante. Cet ensemble d’une grande richesse est une véritable chronique du bouleversement de 1968, et ce, au cœur de l’emblématique Sorbonne. L’immédiat après mai 1968 et l’effervescence militante extrême gauche fait l’objet d’une importante documentation. Des dossiers composés de journaux et brochures, dossiers de presse thématiques et tracts témoignent de l’explosion des idées, « les utopies de mai », de l’aspiration de la jeunesse à des changements sociétaux (sont ainsi documentés les thèmes suivants : révolution, antimilitarisme, conditions de travail et productivité, lutte des travailleurs (LIP), immigration, féminisme et combat pour la liberté de l’avortement, lois sécuritaires, coup d’Etat au Chili…). Un dossier est à signaler tout particulièrement, il concerne l’effervescence militante en milieu lycéen (Lycée Corneille de la Celle-Saint-Cloud) et contient une riche collection de journaux publiés par les élèves, dans lesquels leur liberté de ton et leur culture politique sont très révèlateurs de cet immédiat après mai 1968. Le deuxième ensemble (cartons IV à IX) de cette première partie du fonds rend compte des engagements politiques de Michel Trebitsch de 1972 à 1985/1987 et de ses prises de position devenant de plus en plus critiques vis-à-vis du Parti communiste. Deux dossiers sont particulièrement riches, ils concernent ses engagements locaux dans le département des Yvelines : la cellule Louise Michel du Lycée Corneille de la Celle-Saint-Cloud, qu’il a créée en 1972, dès sa nomination comme enseignant d’histoire-géographie, et la section PCF de La Celle-Saint-Cloud-Bougival, à laquelle il appartiendra de 1973 à 1975. Ils donnent à voir, au plus près, l’organisation et la vie à l’intérieur d’une cellule, échelon le plus bas des structures du Parti communiste. Ces dossiers, abordent la vie militante au plus près. Ainsi voisinent de nombreux procès verbaux de réunions qui révèlent la teneur des débats locaux (élections municipales entre autres), des manuscrits de Michel Trebitsch (2 cahiers de Cellule et 2 cahiers de Section ainsi que des notes) qui, là encore, font de ces archives un véritable témoignage. Les cartons V à IX, quant à eux, sont composés en grande partie de dossiers de presse thématiques jalonnant une partie de l’histoire du PCF et témoignant des dissensions internes au cours de la décennie 1970-1980. Mais ils sont avant tout le reflet de l’itinéraire de Michel Trebitsch. Si la documentation concerne des périodes ou des moments clés, comme le programme commun de gouvernement, 1972-1981 ou le XXIIIème congrès du PCF en 1979, elle concerne aussi des phases plus singulières, « Rencontres Communistes » par exemple, qui sont « celles » de Michel Trebitsch. C’est, tout particulièrement, dans ces dossiers que ses notes personnelles, ses échanges de correspondance argumentée font de cet ensemble une sorte de mémoire personnel donnant accès au cheminement d’un intellectuel engagé prenant progressivement ses distances avec le Parti communiste.

II - L’historien :
La deuxième partie du fonds représente 5 cartons (cartons X à XIII). Elle permet d’entrer dans les coulisses du métier d’un historien en particulier, Michel Trebitsch. Elles sont foisonnantes, vivantes tant les nombreuses notes personnelles, correspondance, cahiers de réunions, fiches de lecture et recherches bibliographiques de leur auteur éclairent sur les méthodes de travail de l’historien. Toutes les facettes du métier, de la recherche de sources à la réflexion sur une problématique, en passant par l’organisation de colloque et son corollaire les publications, sont présentes. Mais ce sont des coulisses spécifiques qui portent l’empreinte de la personnalité de leur acteur : un homme engagé, que ce soit au niveau d’un militantisme politique comme au niveau de sa démarche scientifique, passionné par la recherche avec un goût pour le travail collectif et un art, bien à lui, de fédérer les énergies. Trois grands dossiers, plus particulièrement, nous éclairent sur la façon dont M. Trebitsch a embrassé le métier d’historien, à savoir l’« Association d’Histoire au Présent », le cycle des colloques « Biographie », et ses documents de travail auprès de l’historien Jean Bruhat pour l’écriture de son « livre souvenirs ». Tout d’abord, l’ «Association d’Histoire au Présent » et sa revue Sources. Travaux historiques, au sein de laquelle M. Trebitsch a collaboré plus d’une dizaine d’années. Il fait partie, dès 1983, de l’équipe pionnière qui se lance dans l’aventure, ouvrant une tribune aux jeunes chercheurs de l’époque et deviendra par la suite une véritable pépinière d’historiens. Ses notes, l’importante correspondance dont il est le destinataire, montrent à la fois une hyper présence et beaucoup d’enthousiasme. Ses dossiers de travail, fournis et précis, tenus sur la longue durée, sont un bon observatoire pour pénétrer dans les arcanes du fonctionnement scientifique d’une revue ou dans celles de la gestation d’un colloque, de la réflexion collective originelle à la phase ultime de publication des Actes. Les dossiers dédiés au cycle des colloques « Biographie », 1983-1989, occupent une place de premier ordre dans ce fonds d’archives. Leur grand intérêt réside dans la façon dont ils donnent à voir un historien à l’œuvre. La teneur des dossiers montre qu’il s’agit, là, d’une des étapes cruciales dans le parcours de M. Trebitsch. Ses documents abondent de réflexions personnelles sur la définition du contour du projet scientifique, de comptes rendus critiques de lecture, de recensions bibliographiques… et forment un ensemble précieux pour aborder, par exemple, la pratique historienne en général. Sans nul doute, ce cycle de colloques préfigure la suite de la carrière de M. Trebitsch, faisant de lui l’un des spécialistes reconnus de l’histoire des intellectuels, et donne donc à ces dossiers une grande valeur scientifique. Le dernier ensemble de ces trois dossiers aborde une autre particularité de la personnalité de M. Trebitsch, celle du « travailler ensemble ». Elle concerne sa rencontre intellectuelle avec l’historien engagé Jean Bruhat et s’inscrit en droite ligne avec son approche « biographie ». Proche de cet intellectuel communiste, dont il partagera, entre autres, une même prise de distance avec le Parti, il a travaillé à ses côtés pour l’écriture de son livre souvenirs, Il n’est jamais trop tard (Albin Michel, 1983). La grande partie des documents, à la fois sous forme papier mais aussi audios – plus de 43 cassettes –, est constituée par la série d’entretiens qu’ils ont eus ensemble entre les mois de mars et août 1981, retraçant les grandes étapes de la vie de J. Bruhat et constituant le canevas de l’écriture du livre.

Inventaire réalisé par Anne-Marie Pathé avec la collaboration de Nicolas Schmidt. Pré-classement, réalisé par Cléo Manant, étudiante en histoire à l’Université de Paris VIII

istes de recherches :
Les archives de Michel Trebitsch offrent de nombreuses ouvertures en raison, entre autres, d’un ancrage sur le temps long, 1966 – 1990, et d’une multiplicité des approches. Les quelques pistes de recherches, suggérées ci-après, ont été sélectionnées en fonction de la part autobiographique qu’elles présentent, leur conférant une valeur particulière en raison de leur originalité. Côté « Militant » : - La Sorbonne 1968 – 1970, vue au plus près par un jeune étudiant en licence d’histoire très tôt engagé politiquement. Véritable chronique des événements du mois de mai et de l’automne 1968 et du bouleversement du paysage universitaire qui s’en suivit. - L’effervescence militante extrême gauche dans l’immédiat après mai 1968, vue par le biais de l’avènement d’une presse étudiante et lycéenne engagée, et ce, avec la collection de publications, brochures et tracts édités par les élèves du lycée Corneille de la Celle-Saint-Cloud. - Un militantisme « vu d’en bas » : fonctionnement et organisation interne d’une cellule et d’une section du Parti communiste (la Celle-Saint-Cloud). Côté « Historien » : - Le métier d’historien avec une approche des méthodes grâce aux nombreux documents manuscrits de Michel Trebitsch – cahiers, notes de travail, recherches bibliographiques, notes critiques de lecture. - La mise en œuvre, le suivi rédactionnel et éditorial d’une revue scientifique, l’exemple de Sources. Travaux historiques. - Les étapes qui jalonnent l’organisation scientifique de colloques – de la conception intellectuelle originelle au produit final – à travers notamment le cycle des colloques « Biographie ».

 

Historique du producteur :

Michel Trebitsch (1948-2004), agrégé d’histoire, spécialiste de l’histoire des intellectuels, a été chargé de recherche à l’Institut d’histoire du temps présent (CNRS) de 1988 jusqu’à son décès en 2004. Il avait été, auparavant, professeur dans l’enseignement secondaire, membre de l’association de jeunes historiens « Histoire au présent » éditrice de la revue Sources. Travaux historiques et qui a initié de nombreux colloques. Très actif à l’IHTP, il a été une des chevilles ouvrières des rencontres franco-allemandes avec le Deutscher Akademischer Austauschdienst (DAAD) qui a abouti au colloque sur les relations culturelles franco-allemandes pendant l’entre deux guerres en 1990. Il s’orienta vers l’étude des relations culturelles internationales, en particulier celle des réseaux intellectuels européens, dans une perspective d’histoire comparée. De 1988 à 2002, il a dirigé avec Nicole Racine, directrice de recherche au Centre de recherches politiques (CEVIPOF) de Sciences-Po Paris, le « Groupe de recherche sur l’histoire des intellectuels » (GRHI-IHTP) qui a pris la suite du « Groupe de travail sur l’histoire des intellectuels » fondé en 1986 par Jean-François Sirinelli. Sous l’égide du GRHI, il a été à l’origine de plusieurs publications portant sur les sociabilités intellectuelles, les réseaux intellectuels, l’histoire comparée, et les intellectuelles qui ont paru dans les Cahiers de l’IHTP, dans la revue Matériaux pour l’histoire de notre temps, ou bien aux éditions Complexe, dans la collection « Histoire du Temps Présent ». Nommé au CNRS sur un projet de recherche sur l’historien Henri Lefebvre, il en tiré de nombreux articles, préfaçant en outre la réédition de plusieurs de ses ouvrages. Il s’est intéressé à un autre intellectuel Jean-Richard Bloch, sur lequel il a laissé d’abondants articles, organisé un colloque à la Bibliothèque nationale de France (BNF) en 1997 et animé le groupe « Etudes Jean-Richard Bloch ». Poursuivant son projet d’une histoire des intellectuels européens, il a été à l’origine du groupe de recherche Pontigny-Royaumont-Cerisy.

Modalités d'accès :

Sous autorisation.

Documents en relation :

Fonds d’archives complémentaires consultables à l’IHTP :
Fonds documentaires Dedieu-Anglade - II - CNRS IHTP ARC 3007 « Mouvements sociaux et extrême gauche en France 1968-1977 » - collection de tracts : mai-juin 1968 ; automne/hiver 1968-1969 ; 1971-1973.
Fonds documentaire Jean-Louis Panné - I - CNRS IHTP ARC 3008 (1-5) « Autour de mai 1968 », principalement ouvrages et brochures : les mouvements maoïstes en France, 1966-1974 ; la Chine de Mao et les mouvements maoïstes en France. Les mouvements post-soixante-huitards en France : revues, journaux, brochures et tracts.
Fonds Jean Pronteau – CNRS IHTP ARC 3010 (1-72) Plus particulièrement les années 1960-1973 relatives aux prises de distance de cet intellectuel communiste, membre du Comité central avec les instances du Parti communiste, suivies de son éviction.
Les archives du « Groupe de recherche sur l’histoire des intellectuels », dirigé par Michel Trebitsch et Nicole Racine de 1988 à 2002, ont été versées aux Archives nationales avec l’ensemble les archives institutionnelles de l’IHTP – cote des Archives nationales : 2011096/15. [Voir aussi les archives de Nicole Racine, déposées aux Archives contemporaines du Centre d’histoire de Sciences Po (Paris)].
« Archives orales » : enregistrements de séances du groupe de recherche sur l’histoire des intellectuels, 1995-1996 (SEM 0555 - SEM 0578) – Consultables sur place dans leur version numérisée à la bibliothèque de l'IHTP via le dispositif Cocoon-Humanum https://cocoon.huma-num.fr/exist/crdo/meta/cocoon-ef6642e1-2a09-3fd5-b294-7e82d7ae0b5b ou à la Bibliothèque nationale de France.


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